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Implants ICL Article 25

Risques et suivi à long terme d’un implant ICL : ce qu’il faut savoir avant de décider

Sommaire
  1. Les risques précoces
  2. La hausse de la pression intraoculaire
  3. L’inflammation
  4. L’infection intraoculaire (endophtalmie)
  5. Les risques à moyen et long terme
  6. La cataracte
  7. La perte de cellules endothéliales
  8. Le vault : ni trop, ni trop peu
  9. La rotation d’un implant torique
  10. La correction résiduelle et l’évolution de la myopie
  11. Le décollement de rétine
  12. Le suivi dans le temps
  13. Retrait ou échange : ce que cela signifie vraiment
  14. Comment réduire les risques
  15. Les signes qui doivent faire consulter sans attendre
  16. Questions fréquentes
  17. L’implant ICL provoque-t-il forcément une cataracte ?
  18. Combien de temps un implant ICL dure-t-il ?
  19. Que se passe-t-il si mon vault n’est pas idéal ?
  20. Un implant peut-il se déplacer avec le sport ?
  21. Le suivi est-il vraiment nécessaire si je vois bien ?
  22. L’ICL empêche-t-il une chirurgie de la cataracte plus tard ?
  23. Le risque de décollement de rétine est-il augmenté par l’ICL ?
  24. Sources et références médicales

L’implant ICL a une particularité qui fait à la fois sa force et son exigence : il est placé à l’intérieur de l’œil, sans rien retirer à la cornée. Cela lui donne d’excellents résultats optiques, en particulier pour les fortes myopies, mais cela implique aussi des risques propres à toute chirurgie intraoculaire et un suivi prolongé, sur des années.

Les données actuelles sont rassurantes pour les implants à orifice central : dans une série de 177 yeux suivis 8 ans, aucune hausse significative de la pression ni perte significative de cellules endothéliales n’a été observée (Kamiya, 2021). Mais la notice de l’implant EVO rappelle que certains patients présentent une perte endothéliale supérieure à 30 % à 5 à 7 ans, que le risque de cataracte augmente tout au long de la vie, et que les effets à très long terme ne sont pas entièrement connus (FDA, 2022). Ces deux réalités doivent être présentées ensemble.

Les risques précoces

La hausse de la pression intraoculaire

C’est l’événement le plus fréquent dans les heures suivant l’intervention. Dans l’étude de l’implant EVO, une pression élevée le jour de l’intervention a été observée dans 19,9 % des yeux, le plus souvent en lien avec un reste de gel viscoélastique, et elle s’était résolue dès le lendemain (FDA, 2022).

Plus rarement, une hausse de pression peut résulter d’une fermeture de l’angle, la zone par laquelle le liquide de l’œil s’évacue. Dans la même étude, un rétrécissement de l’angle a nécessité une intervention dans 0,3 % des yeux (FDA, 2022). Les implants actuels comportent un orifice central qui facilite la circulation du liquide et rend généralement inutile l’ouverture préventive de l’iris (FDA, 2022).

Un traitement prolongé par collyres corticoïdes peut également faire monter la pression chez certaines personnes, ce qui justifie sa surveillance.

L’inflammation

Une réaction inflammatoire modérée est habituelle après une chirurgie intraoculaire et se contrôle par les collyres. Une inflammation inhabituelle doit toujours faire rechercher une infection.

L’infection intraoculaire (endophtalmie)

C’est la complication la plus redoutée, mais elle est très rare. Une enquête internationale portant sur près de 18 000 implants posés entre 1998 et 2006 a retrouvé 3 cas, soit environ un cas pour 6 000 implantations , les deux cas dont l’évolution est connue ont été traités sans perte de vision (Allan, 2009). Elle survient le plus souvent dans les premiers jours, et impose un traitement en urgence : les signes qui doivent alerter sont rappelés dans notre article sur la récupération après implant ICL.

Les risques à moyen et long terme

La cataracte

C’est le risque spécifique le plus discuté. L’implant étant placé juste devant le cristallin, un espace insuffisant ou un contact peut favoriser l’apparition d’opacités.

Les chiffres varient selon les modèles et la durée de suivi :

  • dans l’étude de l’implant EVO (629 yeux, 6 mois), une cataracte nucléaire a été observée dans 0,16 % des yeux (FDA, 2022) ,
  • dans l’étude de l’implant Visian sans orifice central (526 yeux, 36 mois), des opacités sous-capsulaires antérieures concernaient 2,7 % des yeux et une cataracte cliniquement significative 1,4 % (FDA, 2022) ,
  • à 5 ans, des opacités de la périphérie du cristallin étaient observées dans 3,85 % des yeux avec implant à orifice central, contre des cataractes chez 2,56 % et une opacité centrale chez 1,28 % des yeux avec implant sans orifice (Chen, 2022) ,
  • dans une série suivie plus de 10 ans avec des implants d’une génération antérieure, 7 % des yeux avaient développé une cataracte après 10 ans (Papa-Vettorazzi, 2022) ,
  • dans une série de 177 yeux suivis 8 ans avec un implant à orifice central, 3 yeux (1,7 %) ont développé une cataracte, tous porteurs d’une petite opacité préexistante (Kamiya, 2021).

La notice de l’implant EVO précise que le risque de cataracte augmente tout au long de la vie, et qu’il est plus élevé avec l’âge et avec le degré de myopie (FDA, 2022). Une cataracte survenant chez un patient porteur d’un ICL se traite en retirant l’implant et en remplaçant le cristallin par un implant classique, lors de la même intervention , les familles d’implants sont présentées dans notre article sur la chirurgie du cristallin.

La perte de cellules endothéliales

L’endothélium, la couche de cellules qui maintient la cornée transparente, ne se renouvelle pas. Une perte progressive est normale avec l’âge, mais une perte accélérée peut, à terme, entraîner un œdème de la cornée, dont le traitement peut nécessiter une greffe.

Les données rassurent globalement : dans l’étude EVO, une perte supérieure à 30 % a été observée dans 0,5 % des yeux (FDA, 2022) , dans une série à 8 ans, aucune perte significative n’a été mise en évidence (Kamiya, 2021) , dans une série suivie plus de 10 ans, la perte moyenne était de 9,85 % (Papa-Vettorazzi, 2022). Une méta-analyse récente retrouve une perte moyenne de 2,2 % (Rodrigues Alves, 2026).

La notice rappelle néanmoins que certains patients présentent une perte supérieure à 30 % à 5 à 7 ans et que les conséquences à très long terme restent inconnues (FDA, 2022). C’est la raison pour laquelle une densité endothéliale minimale, fonction de l’âge, est exigée avant l’intervention, et pourquoi le comptage doit être répété au fil des années.

Le vault : ni trop, ni trop peu

Le vault est l’espace entre l’arrière de l’implant et la face avant du cristallin. Il dépend surtout de la taille de l’implant et de l’anatomie de l’œil.

  • Un vault trop faible rapproche l’implant du cristallin et peut favoriser une cataracte.
  • Un vault trop élevé pousse l’iris vers l’avant et peut rétrécir l’angle, avec un risque de hausse de pression.

Un vault compris entre 250 et 750 microns est généralement considéré comme optimal : dans une série de patients opérés des deux yeux le même jour, 78 % des yeux se situaient dans cette plage à un an, avec une diminution moyenne du vault de 19 % au cours de la première année (Russo, 2024). Le vault diminue en effet avec le temps, à mesure que le cristallin grossit naturellement (Chen, 2022).

Un vault inadapté n’est pas en soi une complication, mais il augmente le risque d’en développer une (Thompson, 2024).

La rotation d’un implant torique

Un implant torique corrige l’astigmatisme : il doit donc rester aligné sur un axe précis. S’il tourne, une partie de l’astigmatisme réapparaît.

Cet événement est peu fréquent. Dans une série de 10 258 yeux, un repositionnement ou un échange a été nécessaire dans 0,21 % des cas : 0,12 % pour un défaut d’alignement d’un implant torique et 0,10 % pour un vault excessif. Après repositionnement, l’astigmatisme résiduel diminuait nettement (Wei, 2022). Une méta-analyse récente retrouve une rotation d’implant torique dans 1,8 % des cas (Rodrigues Alves, 2026). Ces écarts s’expliquent par les définitions et les populations étudiées.

La correction résiduelle et l’évolution de la myopie

Un léger défaut résiduel peut persister. Par ailleurs, l’œil myope peut continuer à s’allonger : une progression myopique moyenne de –0,75 dioptrie a été observée dans une série suivie plus de 10 ans (Papa-Vettorazzi, 2022). Selon les cas, on peut proposer des lunettes, un traitement laser complémentaire ou un échange d’implant.

Le décollement de rétine

Les patients candidats à un ICL sont souvent fortement myopes, donc exposés à un risque accru de décollement de rétine, indépendamment de toute chirurgie. Une étude comparant, sur 10 ans, des yeux myopes opérés d’un ICL et des yeux myopes non opérés n’a pas retrouvé de différence significative : 1,71 % contre 1,25 % (Arrevola-Velasco, 2023). Autrement dit, l’implant ne semble pas augmenter ce risque, mais la surveillance de la rétine reste indispensable.

Les principaux risques de l’ICL et leur fréquence rapportée

RisqueFréquence rapportéeSource
Hausse de pression le jour de l’intervention19,9 % des yeux, résolue le lendemainFDA, 2022 (étude EVO)
Rétrécissement de l’angle nécessitant une intervention0,3 %FDA, 2022
Perte endothéliale supérieure à 30 %0,5 %FDA, 2022
Décollement de rétine (dans l’étude)0,5 %FDA, 2022
Halos ou éblouissements conduisant à un retrait0,2 % (1 œil sur 629)FDA, 2022
Cataracte nucléaire (6 mois)0,16 %FDA, 2022
Opacités sous-capsulaires antérieures (modèle sans orifice, 36 mois)2,7 %FDA, 2022
Cataracte après plus de 10 ans (implants plus anciens)7 %Papa-Vettorazzi, 2022
Repositionnement ou échange d’implant0,21 %Wei, 2022
Infection intraoculaireEnviron 1 cas pour 6 000 implantationsAllan, 2009

Les chiffres varient selon les modèles d’implants, les durées de suivi et les définitions utilisées. Ils donnent un ordre de grandeur et ne prédisent pas un risque individuel.

Le suivi dans le temps

Le suivi d’un implant ICL ne se limite pas aux premières semaines. Il comprend, à un rythme défini par le chirurgien puis espacé :

  • le contrôle du vault, par examen et imagerie, pour vérifier qu’il reste dans une plage satisfaisante ,
  • la mesure de la pression intraoculaire, et l’examen de l’angle si nécessaire ,
  • le comptage des cellules endothéliales, pour suivre l’évolution de la réserve cornéenne ,
  • l’examen du cristallin, à la recherche d’opacités débutantes ,
  • l’examen de la cornée, pour vérifier sa transparence ,
  • l’examen de la rétine, particulièrement important chez le fort myope ,
  • la mesure de la correction, pour dépister une évolution de la myopie.

Ce suivi doit être poursuivi toute la vie, même lorsque tout va bien. Si vous déménagez ou changez de praticien, signalez toujours la présence d’un implant phaque et transmettez votre dossier, notamment le modèle, la taille et la puissance de l’implant.

Retrait ou échange : ce que cela signifie vraiment

Un implant ICL peut être retiré ou remplacé. Cette possibilité est un avantage réel, par exemple :

  • en cas de vault inadapté ,
  • en cas de rotation d’un implant torique ,
  • en cas d’intolérance aux phénomènes visuels ,
  • en cas d’évolution de la correction ,
  • lors d’une chirurgie de la cataracte, où l’implant est retiré et le cristallin remplacé.

Mais un implant retirable n’est pas synonyme d’intervention anodine ou totalement réversible. Trois points méritent d’être clairs :

1. Chaque retrait ou échange est une nouvelle chirurgie intraoculaire, avec ses propres risques : infection, inflammation, hausse de pression, atteinte du cristallin ou de l’endothélium. 2. Certaines conséquences ne s’effacent pas : une cataracte constituée, des cellules endothéliales perdues ou une atteinte liée à une complication ne disparaissent pas avec l’implant. 3. Retirer l’implant ramène la myopie initiale, avec la nécessité de lunettes ou de lentilles, sauf si une autre correction est réalisée.

Comment réduire les risques

  • Une sélection rigoureuse : profondeur de la chambre antérieure, angle, densité endothéliale, cristallin, rétine.
  • Un choix de taille précis, fondé sur des mesures adaptées (Thompson, 2024).
  • Une technique chirurgicale rigoureuse, notamment pour le retrait complet du gel viscoélastique.
  • Le respect des collyres et de l’hygiène, et l’absence de frottement.
  • Un suivi régulier, qui permet de détecter tôt une cataracte débutante, une perte endothéliale ou un vault inadapté.
  • Une consultation immédiate en cas de signe d’alerte.

Les signes qui doivent faire consulter sans attendre

  • douleur intense, surtout avec maux de tête, nausées ou vomissements ,
  • baisse brutale de la vision ,
  • rougeur importante, sécrétions ,
  • voile, éblouissement ou halos qui s’aggravent nettement ,
  • éclairs lumineux, points noirs nombreux ou rideau dans le champ de vision ,
  • choc sur l’œil.

Questions fréquentes

L’implant ICL provoque-t-il forcément une cataracte ?

Non. Le risque existe et augmente avec l’âge, le degré de myopie et la durée de port (FDA, 2022), mais il reste faible dans les séries récentes utilisant des implants à orifice central (Kamiya, 2021 , Chen, 2022). Si une cataracte survient, elle se traite en retirant l’implant et en remplaçant le cristallin.

Combien de temps un implant ICL dure-t-il ?

Il est conçu pour rester en place de nombreuses années. En pratique, sa durée dépend de l’évolution de l’œil : il est souvent retiré au moment d’une chirurgie de la cataracte, des décennies plus tard.

Que se passe-t-il si mon vault n’est pas idéal ?

Un vault un peu trop faible ou un peu trop élevé est surveillé. S’il expose à un risque, l’implant peut être tourné, repositionné ou échangé, ce qui reste rare (Wei, 2022).

Un implant peut-il se déplacer avec le sport ?

Un déplacement spontané est très rare. La rotation concerne surtout les implants toriques et survient plutôt dans les premières semaines. Les sports à risque de choc direct justifient une protection oculaire.

Le suivi est-il vraiment nécessaire si je vois bien ?

Oui. La perte de cellules endothéliales, une cataracte débutante ou un vault qui diminue peuvent évoluer sans symptôme pendant longtemps. Le suivi permet d’agir avant que la vision ne soit atteinte.

L’ICL empêche-t-il une chirurgie de la cataracte plus tard ?

Non. L’implant est retiré lors de cette intervention. Le calcul de l’implant de cataracte est même plus simple qu’après un laser, puisque la cornée n’a pas été modifiée.

Le risque de décollement de rétine est-il augmenté par l’ICL ?

Les données disponibles ne montrent pas d’augmentation : sur 10 ans, la prévalence était comparable entre yeux myopes opérés et non opérés (Arrevola-Velasco, 2023). Le risque lié à la forte myopie elle-même persiste et justifie une surveillance.

Sources et références médicales

  • U.S. Food and Drug Administration. EVO/EVO+ Visian Implantable Collamer Lens for Myopia - Directions for use / labeling (P030016/S035), incluant contre-indications, avertissements et résultats des études cliniques. 2022. https://www.accessdata.fda.gov/cdrh_docs/pdf3/P030016S035C.pdf
  • Kamiya K, Shimizu K, Takahashi M, et al. Eight-Year Outcomes of Implantation of Posterior Chamber Phakic Intraocular Lens With a Central Port for Moderate to High Ametropia. Frontiers in Medicine. 2021,8:799078. DOI : 10.3389/fmed.2021.799078
  • Chen X, Wang X, Xu Y, et al. Long-term Comparison of Vault and Complications of Implantable Collamer Lens with and without a Central Hole for High Myopia Correction: 5 Years. Current Eye Research. 2022,47(4):540-546. DOI : 10.1080/02713683.2021.2012202
  • Papa-Vettorazzi MR, Güell JL, Cruz-Rodriguez JB, et al. Long-term efficacy and safety profiles after posterior chamber phakic intraocular lens implantation in eyes with more than 10 years of follow-up. Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2022,48(7):813-818. DOI : 10.1097/j.jcrs.0000000000000848
  • Wei R, Li M, Aruma A, et al. Factors leading to realignment or exchange after implantable collamer lens implantation in 10 258 eyes. Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2022,48(10):1190-1196. DOI : 10.1097/j.jcrs.0000000000000950
  • Russo A, Filini O, Mertens E, et al. Immediate Sequential Bilateral Implantable Collamer Lens Surgery Is Safe and Effective. Journal of Refractive Surgery. 2024,40(5):e313-e320. DOI : 10.3928/1081597X-20240326-01
  • Allan BD, Argeles-Sabate I, Mamalis N. Endophthalmitis rates after implantation of the intraocular Collamer lens: survey of users between 1998 and 2006. Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2009,35(4):766-769. DOI : 10.1016/j.jcrs.2008.12.027
  • Arrevola-Velasco L, Beltrán J, Rumbo A, et al. Ten-year prevalence of rhegmatogenous retinal detachment in myopic eyes after posterior chamber phakic implantable collamer lens. Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2023,49(3):272-277. DOI : 10.1097/j.jcrs.0000000000001099
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  • Rodrigues Alves N, Barão C, Pedrotti Chavez M, et al. Efficacy and safety of implantable phakic contact lens versus implantable collamer lens in myopic eyes: a systematic review and meta-analysis. Journal of Cataract and Refractive Surgery. Publication en ligne anticipée, juin 2026. DOI : 10.1097/j.jcrs.0000000000002008