Après un SMILE, la récupération est généralement rapide : la surface de la cornée est presque intacte, et beaucoup de patients voient déjà nettement mieux le lendemain. La plupart des activités quotidiennes peuvent être reprises en quelques jours.
Deux nuances méritent toutefois d’être connues. D’abord, la qualité de la vision peut mettre quelques jours de plus à s’affiner qu’après un LASIK : une étude menée à Paris a retrouvé une vision un peu moins contrastée et une qualité de vision ressentie moins bonne après SMILE qu’après LASIK la première semaine, sans différence à un mois ni sur la satisfaction globale (Chiche, 2018). Ensuite, une récupération rapide n’exclut ni le flou, ni les fluctuations, ni la sécheresse, ni la nécessité des contrôles. Chaque patient évolue à son rythme.
La chronologie habituelle
Les premières heures
L’œil picote, larmoie, et la lumière gêne. La vision est brumeuse. Une sensation de corps étranger est fréquente. Ces symptômes sont en général modérés, car la surface de la cornée n’a pas été retirée comme en PKR. Il est conseillé de rentrer accompagné, de se reposer yeux fermés et de commencer les collyres.
Le lendemain
Un premier contrôle est habituellement prévu. Le chirurgien vérifie l’incision, la transparence de la cornée et l’absence d’inflammation de l’interface. Beaucoup de patients voient déjà bien, mais une vision encore légèrement voilée est fréquente. Dans une série de 1 800 yeux, une sécheresse de l’épithélium était notée le premier jour dans 5 % des cas (Ivarsen, 2014).
Les premiers jours
La vision s’éclaircit progressivement. Les halos, un léger voile ou une sensation de « vision moins piquée » peuvent persister. C’est durant cette première semaine que la différence de qualité de vision avec le LASIK a été observée (Chiche, 2018). La gêne diminue rapidement.
Les premières semaines
La netteté et le contraste continuent de s’améliorer. Des fluctuations sont possibles, surtout en fin de journée ou après un travail prolongé sur écran, en lien avec la sécheresse. Celle-ci est généralement moins marquée qu’après un LASIK et transitoire (Shen, 2016).
Les mois suivants
La réfraction se stabilise. Dans le suivi à 5 ans des premiers patients opérés par SMILE, le résultat était stable par rapport aux données de six mois, avec une régression moyenne de 0,48 dioptrie sur la période (Blum, 2016).
Les collyres et l’hygiène
Le traitement habituel associe :
- un collyre antibiotique, pour quelques jours, afin de prévenir l’infection ,
- un collyre anti-inflammatoire, souvent un corticoïde, pour une durée plus ou moins longue selon les protocoles ,
- des larmes artificielles sans conservateur, parfois pendant plusieurs semaines.
Quelques règles d’hygiène :
- lavez-vous les mains avant chaque instillation ,
- ne touchez pas l’œil avec l’embout du flacon ,
- respectez un intervalle de quelques minutes entre deux collyres différents ,
- ne vous frottez pas les yeux, même en cas de démangeaisons ,
- portez la coque la nuit si elle vous a été remise.
Les contrôles postopératoires
Les contrôles permettent de vérifier la cicatrisation de l’incision et de l’interface, de dépister une inflammation ou une infection, de surveiller la pression oculaire en cas de traitement par corticoïdes et de mesurer l’évolution de la vision. Ils sont habituellement prévus le lendemain, puis à quelques semaines et quelques mois. Respecter ce calendrier est l’une des meilleures garanties d’un bon résultat.
En quoi la récupération diffère-t-elle de celle du LASIK et de la PKR ?
Les trois techniques cornéennes n’abîment pas la surface de l’œil de la même façon, ce qui explique des convalescences différentes.
- Par rapport à la PKR : la surface de la cornée reste presque intacte après un SMILE. Il n’y a pas de zone d’épithélium à faire repousser, donc pas de lentille pansement ni de douleurs marquées pendant plusieurs jours, et la vision ne traverse pas la phase très floue de la première semaine.
- Par rapport au LASIK : il n’y a pas de volet, donc pas de consigne spécifique liée au risque de déplacement de volet dans les premiers jours, et la sécheresse est souvent moins marquée (Shen, 2016). En contrepartie, l’interface où se trouvait le lenticule met parfois quelques jours de plus à retrouver une transparence optimale, ce qui explique la qualité de vision légèrement en retrait la première semaine (Chiche, 2018).
Concrètement, beaucoup de patients décrivent après un SMILE un confort proche de celui du LASIK, avec une vision qui « se dépose » sur quelques jours plutôt que d’être immédiatement parfaite.
Ce que l’on ressent les premiers jours, selon la technique
| Élément | SMILE | LASIK | PKR |
|---|---|---|---|
| Douleur des 48 premières heures | Faible | Faible | Souvent marquée |
| Lentille pansement | Non | Non | Oui, jusqu’à cicatrisation |
| Vision utile | En général en 1 à quelques jours | En général dès le lendemain | Souvent 1 à 2 semaines |
| Consigne spécifique | Ne pas frotter , hygiène | Ne pas frotter , protéger le volet | Ne pas frotter , protection solaire renforcée |
Ce qui aide à bien récupérer
- Respecter scrupuleusement les collyres, y compris lorsque l’œil semble aller bien : l’inflammation de l’interface peut être silencieuse au début.
- Lutter contre la sécheresse : larmes artificielles, pauses écran, éviter la climatisation dirigée vers le visage, boire suffisamment.
- Protéger les yeux du vent, de la poussière et du soleil pendant les premières semaines.
- Éviter les frottements, en particulier en cas d’allergie : signalez toute démangeaison persistante.
- Ne pas juger le résultat trop tôt : la qualité de vision continue de s’affiner pendant plusieurs semaines.
- Se présenter à tous les contrôles, même si tout va bien.
Reprendre ses activités
Les repères ci-dessous sont indicatifs. Votre chirurgien fixe le calendrier qui vous correspond, en fonction de votre cicatrisation.
Repères de reprise après SMILE (à adapter par le chirurgien)
| Activité | Repère habituel | Précaution |
|---|---|---|
| Écrans, lecture | Dès le lendemain si confortable | Pauses, larmes artificielles |
| Travail de bureau | Souvent après un à quelques jours | Vision encore en cours d’affinage |
| Conduite | Uniquement après avis du chirurgien | Réglementation française , prudence la nuit |
| Sport doux, marche | Rapidement | Éviter la sueur dans les yeux |
| Course, musculation | Après quelques jours, selon avis | Pas de frottement, protection de la poussière |
| Sports de contact | Plus tardivement, selon avis | Protection oculaire conseillée |
| Piscine, mer, jacuzzi | Après plusieurs semaines, selon avis | Risque infectieux , lunettes étanches |
| Maquillage des yeux | Après une à deux semaines, selon avis | Produits neufs |
La conduite
En France, après toute intervention chirurgicale modifiant la réfraction de l’œil, l’arrêté du 28 mars 2022 prévoit que la reprise de la conduite ne peut être autorisée qu’après un avis médical spécialisé. La vision doit respecter les normes réglementaires, dont une acuité binoculaire d’au moins 5/10 pour les véhicules légers.
Après un SMILE, cet avis peut intervenir rapidement lorsque la vision est bonne. Attendez toujours l’autorisation de votre chirurgien, et soyez prudent la nuit tant que les halos persistent.
Le travail et les écrans
Un travail de bureau peut souvent être repris après un à quelques jours. Les écrans ne compromettent pas la cicatrisation, mais ils assèchent l’œil, car on cligne moins : faites des pauses, clignez volontairement et utilisez des larmes artificielles. Les métiers exposés à la poussière, aux projections ou aux chocs peuvent justifier un arrêt plus long.
Le sport et la musculation
Une activité douce peut être reprise rapidement. La course, le vélo et la musculation sont généralement possibles après quelques jours, en évitant que la sueur coule dans les yeux. Les sports de contact sont repris plus tard , l’absence de volet est un avantage à long terme, mais l’incision et l’interface doivent d’abord avoir cicatrisé. Des lunettes de protection sont recommandées pour les sports à risque.
La baignade
L’eau des piscines, lacs et mers n’est pas stérile. La baignade est déconseillée pendant les premières semaines, selon le délai fixé par votre chirurgien, puis reprise avec des lunettes de natation étanches. Évitez aussi jacuzzis, hammams et saunas pendant cette période. La douche est possible, sans diriger le jet vers les yeux.
L’avion
Il est généralement possible, avec des larmes artificielles pour compenser l’air sec. Organisez vos déplacements en fonction du calendrier des contrôles.
Ce qui peut ralentir la récupération
- une correction élevée ,
- une extraction du lenticule plus délicate ou de petites lésions de l’épithélium pendant l’intervention (Ivarsen, 2014) ,
- une sécheresse oculaire préexistante ,
- une inflammation de l’interface ,
- le non-respect des collyres ou le frottement des yeux.
Les signes qui doivent faire consulter rapidement
Contactez sans attendre votre chirurgien en cas de :
- douleur importante ou qui augmente ,
- baisse de vision brutale, ou vision qui se dégrade au lieu de s’améliorer ,
- rougeur croissante ou sécrétions ,
- photophobie qui s’aggrave ,
- choc sur l’œil opéré.
Questions fréquentes
Voit-on net dès le lendemain d’un SMILE ?
Souvent, la vision est déjà bonne, mais un léger voile ou une qualité de vision un peu moins nette qu’espéré sont fréquents la première semaine. Une étude a montré que cette phase est un peu plus longue qu’après un LASIK, sans différence à un mois (Chiche, 2018).
Pourquoi ma vision est-elle un peu voilée plusieurs jours après ?
La surface de l’interface, là où le lenticule a été retiré, met quelques jours à retrouver une transparence et une régularité optimales. La sécheresse peut aussi y contribuer. Ce phénomène est habituellement transitoire.
Combien de temps dure la sécheresse après un SMILE ?
Elle est généralement moins marquée qu’après un LASIK et transitoire (Shen, 2016). Elle s’améliore le plus souvent en quelques semaines à quelques mois, avec les larmes artificielles.
Puis-je reprendre la musculation une semaine après ?
Souvent oui, selon l’avis de votre chirurgien, en évitant la sueur dans les yeux et les efforts en apnée prolongée si cela vous a été déconseillé.
Le résultat peut-il évoluer avec le temps ?
Il est en général stable. Dans l’étude à 5 ans, la régression moyenne était de 0,48 dioptrie (Blum, 2016). Comme après toute chirurgie cornéenne, l’œil continue par ailleurs d’évoluer avec l’âge : presbytie, puis cristallin.
Quand saura-t-on si une retouche est nécessaire ?
Une éventuelle retouche ne se discute qu’une fois la vision stable, après plusieurs mois. Voir notre article sur les risques et limites du SMILE.
Sources et références médicales
- Chiche A, Trinh L, Saada O, et al. Early recovery of quality of vision and optical performance after refractive surgery: Small-incision lenticule extraction versus laser in situ keratomileusis. Journal of Cataract and Refractive Surgery. 2018,44(9):1073-1079. DOI : 10.1016/j.jcrs.2018.06.044
- Ivarsen A, Asp S, Hjortdal J. Safety and complications of more than 1500 small-incision lenticule extraction procedures. Ophthalmology. 2014,121(4):822-828. DOI : 10.1016/j.ophtha.2013.11.006
- Shen Z, Zhu Y, Song X, et al. Dry Eye after Small Incision Lenticule Extraction (SMILE) versus Femtosecond Laser-Assisted in Situ Keratomileusis (FS-LASIK) for Myopia: A Meta-Analysis. PLoS One. 2016,11(12):e0168081. DOI : 10.1371/journal.pone.0168081
- Blum M, Täubig K, Gruhn C, et al. Five-year results of Small Incision Lenticule Extraction (ReLEx SMILE). British Journal of Ophthalmology. 2016,100(9):1192-1195. DOI : 10.1136/bjophthalmol-2015-306822
- République française. Arrêté du 28 mars 2022 fixant la liste des affections médicales incompatibles ou compatibles avec ou sans aménagements ou restrictions pour l’obtention, le renouvellement ou le maintien du permis de conduire […], annexe, classe II, points 2.1.1 et 2.2.1. Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045464094
